À partir du XIX e siècle,  le fossé se creuse entre les productions industrielles en série et les poteries issues de l’artisanat familial qui disparaissent presque totalement au XXe siècle. Entre le potier traditionnel et le manufacturier, la seconde moitié du XIXe engendre un personnage nouveau : l’artiste-artisan qui fait le choix délibéré de la terre et du feu comme moyen de sa création. 

À l’origine de cette démarche, deux pionniers : Charles-Jean Avisseau (1796-1861) et Théodore Deck (1823-1891). Tous deux familiers des techniques de la terre et du feu, ils ont l’intime conviction que la céramique peut engendrer non des produits mais des œuvres. 

Parmi leurs suiveurs, les collections du Nord – Pas et Calais comptent Ernest Chaplet (1835-1909), Pierre Adrien Dalpayrat (1844-1910), Émille Gallé (1846-1904), Edmond Lachenal (1855-1915), Taxile Doat (1861-1938), Émile Decœur (1876-1953) issus, comme Avisseau et Deck, des milieux de la céramique.

D’autres, que rien ne prédisposait à ce type de création, y succombent avec bonheur : l’antiquaire Georges Pull (1810-1889), le peintre décorateur Léon Brard (1830-1902) et le graveur Félix Bracquemond (1833-1914). Viendront ensuite : Auguste Delaherche (1857-1940), Alexandre Bigot (1862-1927), Georges Hoentschel (1855-1915), Jeanneney (1861-1920). Ces deux derniers choisissent le grès à la suite de leur ami, le sculpteur Jean Carriès (1855-1890).

Au niveau des influences, ils se laissent porter par le revival du passé national, la découverte des arts graphiques japonais, le goût pour les faïences du Moyen-Orient et l’influence grandissante des formes naturelles qui marquent l’Art Nouveau. 

Ces créateurs indépendants ouvrent les arts de la terre à la création originale. Ils accompagnent un courant plus général de valorisation des arts décoratifs en les sortant de l’ornière des arts dits mineurs vers une considération plus attentive (comme le prouve les revues spécialisées qui apparaissent alors). À l’unisson du mouvement Arts & Crafts britannique, ils participent à la préoccupation de rendre « beau et utile » chaque élément de l’environnement domestique, anticipant en cela les préoccupations des designers modernes. 

Toutes issues de dons ou de legs, les collections des musées du Nord de la France comptent l’ensemble le plus remarquable en la collection Charles Lebeau, conservée au musée de Boulogne-sur-Mer. 

Exposition présentée dans trois musées de la région Nord-Pas-de-Calais : 

  • Musée Matisse au Cateau-Cambrésis, du 19 octobre 1986 au 12 janvier 1987

  • Musée de Roubaix, du 11 avril au 15 juin 1987

  • Musée de Gravelines, du 28 juin au 21 septembre 1987

Réalisée avec l’aide financière des villes du Cateau-Cambrésis, de Gravelines, Saint-Amand-les-Eaux et Roubaix ; de l’Établissement public régional Nord – Pas de Calais ; de la Direction des Musées de France ; de la Diréction régionale des affaires culturelles et du Rectorat de Lille. 

Commissariat : Geneviève Becquart, conservatrice du musée de Saint-Amand-les-Eaux et Dominique Szymusiak, conservatrice du musée Matisse au Cateau-Cambrésis.